Turning 45 with Parkinson

Je passe doucement la barre des 45 ans et je me demande pourquoi cela me laisse aussi indifférente. Enfin, « indifférente » n’est pas le mot exact.

C’est juste que ce chiffre ne s’ancre pas dans mon quotidien, car mon cher colocataire, Parkinson, est un magicien du chiffre…

J’ai 90 ans au réveil avant la prise de médicaments : le dos voûté, le pas traînant et ce tremblement si caractéristique du bras qui serait si utile pour faire des cocktails, mais à huit heures du matin, je rêve plutôt d’un café ! Celui que tu rates une fois sur deux, justement parce que tu trembles…

J’ai 80 ans, les jours de tempête où seules les béquilles et ma carte d’invalidité me maintiennent la tête hors de l’eau.

J’ai 70 ans, souvent, un quotidien paisible, quand je vois tous ces travailleurs qui s’agitent autour de moi et que j’ai la sensation d’avoir fait ma part.

J’ai 60 ans, quand le début d’après-midi rime avec l’heure de la sieste et des jeux de lettres.

J’ai 50 ans, quand j’arrive à enchaîner les heures de boulot, que je suis tout simplement heureuse, la tête pleine de projets et les mains dans la colle.

J’ai 40 ans, quand les médicaments ne rythment plus mes journées, où je me sens si bien ici et maintenant, une femme sexy, libre et indestructible !

J’ai 30 ans, dans ces quelques rares moments d’inconscience où mon corps répond encore présent. Une Cendrillon rentrant après minuit sans se transformer en citrouille… Le bonheur simple d’une soirée entre amis, la tête dans les étoiles et le cœur bien au chaud !

J’ai 20 ans parfois, quand je reprends mon souffle après des jours de combats et que la vie reprend le dessus. Alors comme une ado, je saute dans les flaques d’eau, me rue sur le karaoké, veille jusqu’à pas d’heure, m’enfilant des séries et des plaquettes de chocolat sans aucune mauvaise conscience.

J’ai 10 ans quand je fais du vélo ou du ski et que je ne finis pas la journée bleue comme une Schtroumpfette.

J’ai un an, les jours de catastrophe et de grande tristesse où, mon autonomie se résume à une peau de chagrin. Alors, avec humilité, je réapprends les gestes du quotidien et j’essaie de ne pas détester la brosse à dents qui n’en fait qu’à sa tête ou ma fourchette, nonchalante et inutile, flemmardant au bord de mon assiette.

Parfois même, tout se mélange et les tranches d’âge ne se distinguent plus, avouez que ce n’est pas banal d’avoir 90 ans le matin, 40 à midi et 20 le soir ! Ou vice versa…

Je n’ai plus la notion de l’âge, et je m’en contrefiche, mais ce que je sais, c’est que j’ai appris à composer, à profiter du temps présent, à mesurer la force de l’amitié et de l’amour…

Alors pour aujourd’hui, je rêve juste d’un moment de trêve… Et, peu importe mon âge ! Juste une journée ensoleillée, dans les bras de mon amoureux, en pensées avec mes amis, tout autour de la planète, parce qu’on galère tous un peu à un moment ou à un autre…

Car le plus important, c’est l’amour, non ?