Une grande dame

Anne Sylvestre a bercé mon enfance et ses comptines résonnent encore à mes oreilles aujourd’hui. Des ritournelles rigolotes et enjouées qui accompagnaient nos petits rituels de gamins. 

Mais ne mentionner que cette partie de son œuvre serait terriblement réducteur. Car depuis les années 60, cette auteure-interprète a également composé de magnifiques chansons poétiques

Mais ne vous y trompez pas, car même si elle est si discrète et ne revendique aucune forme d’engagement, Anne Sylvestre possède un don certain pour dépeindre notre société et nos émotions. Je vous laisse en juger par vous-mêmes…

Bonne écoute ! Cliquez ici pour une petite sélection maison : 🎶 🎧 🎶

Les gens qui doutent

J’aime les gens qui doutent

Les gens qui trop écoutent
Leur cœur se balancer

J’aime les gens qui disent
Et qui se contredisent
Et sans se dénoncer
 
J’aime les gens qui tremblent
Que parfois ils ne semblent
Capables de juger
J’aime les gens qui passent
Moitié dans leurs godasses
Et moitié à côté
 
J’aime leur petite chanson
Même s’ils passent pour des cons
 
J’aime ceux qui paniquent
Ceux qui sont pas logiques
Enfin, pas comme il faut,
Ceux qui, avec leurs chaînes,
Pour pas que ça nous gêne
font un bruit de grelot
 
Ceux qui n’auront pas honte
De n’être au bout du compte
Que des ratés du cœur
Pour n’avoir pas su dire
« Délivrez-nous du pire
Et gardez le meilleur »
 
J’aime leur petite chanson
Même s’ils passent pour des cons
 
J’aime les gens qui n’osent
S’approprier les choses
Encore moins les gens
Ceux qui veulent bien n’être
Qu’une simple fenêtre
Pour les yeux des enfants
Ceux qui sans oriflamme,
Les daltoniens de l’âme,
Ignorent les couleurs
Ceux qui sont assez poires
Pour que jamais l’Histoire
Leur rende les honneurs
 
J’aime leur petite chanson
Même s’ils passent pour des cons
J’aime les gens qui doutent
Mais qui voudraient qu’on leur foute
La paix de temps en temps
Et qu’on ne les malmène
Jamais quand ils promènent
Leurs automnes au printemps
 
Qu’on leur dise que l’âme
Fait de plus belles flammes
Que tous ces tristes culs
Et qu’on les remercie
Qu’on leur dise, on leur crie
 
« Merci d’avoir vécu
Merci pour la tendresse
Et tant pis pour vos fesses

Qui ont fait ce quelles ont pu »

Paroles et musique d’Anne Sylvestre

La chanson Les gens qui doutent est parue en 1977 dans l’album Comment je m’appelle.