Le champ des possibles …

J’ai 3 ans – Le champ des possibles

Je suis toute neuve sur cette planĂšte, le monde me paraĂźt presque trop grand et effrayant ! Je trouve qu’à 30 ans, les gens sont vieux, bien trop prĂ©occupĂ©s, empĂȘtrĂ©s dans des vies compliquĂ©es et parfois, monotones.

Mais je les envie, j’ai l’impression qu’ils sont maĂźtres de notre destin et qu’ils possĂšdent des pouvoirs magiques. La vie leur appartient ! Du haut de mes trois pommes Ă  genoux, je tente de rentrer dans leur cercle, d’ĂȘtre aspirĂ©e par la mĂȘme force de vie.

J’ai 13 ans – Le champ de la dĂ©couverte

Je sors de l’enfance, je suis en mutation complĂšte. Mon corps se modifie, les hormones s’agitent et j’ai la sensation intense que tout va basculer, qu’une transformation profonde et intense va surgir sans que j’en sois rĂ©ellement l’actrice.

J’apprends que la vie rime aussi avec « contrainte » et « obligation », mais je me sens libre et mon imagination n’a pas de limite. Tout est dĂ©couverte… je me sens fragile et forte Ă  la fois. Les adultes ne m’intĂ©ressent plus, je cherche Ă  tout prix Ă  m’en diffĂ©rencier et me promets secrĂštement de ne jamais leur ressembler !

J’ai 23 ans – Le champ des dĂ©cisions

Je suis enfin sortie de l’adolescence et de l’école ! Finalement, cette putain de mutation a pris un temps fou et je suis bien contente de m’en dĂ©barrasser ! Je n’ai rĂ©solu aucune question existentielle, mais je suis en pleine Ă©bullition intellectuelle. J’ai la sensation intense d’ĂȘtre en prise avec le temps, de pouvoir rĂ©soudre le problĂšme de la faim dans le monde, d’écrire le prochain best-seller…

Bref, c’est le temps de l’engagement politique et des manifs. Un monde amical et amoureux se forme autour de moi comme une bulle de protection. Je me cogne au mot « contrainte », mais l’autonomie financiĂšre Ă  un prix et j’ai l’impression surrĂ©aliste et enivrante de pouvoir influencer mon destin !

J’admire certains adultes, mais reste dubitative sur la plupart des autres, et ne veux toujours pas leur ressembler. Dans leur monde, seuls les fringants trentenaires parisiens trouvent grĂące Ă  mes yeux, je dois toujours ĂȘtre sous le joug des hormones !

J’ai 33 ans – Le champ de la libertĂ©

Je suis toujours en phase de construction et j’en profite pour expĂ©rimenter la vie. Je suis autonome financiĂšrement et ne dois plus rien Ă  personne !

J’ai rĂ©solu quelques questions existentielles et malgrĂ© les contraintes matĂ©rielles et quotidiennes, j’ai de plus en plus cette sensation de libertĂ© et de lĂ©gĂšretĂ©. Je ressens intrinsĂšquement la chance d’ĂȘtre une femme dans cette partie du monde, dans les annĂ©es 2000 !

Je ne rĂ©ussis pas pour autant Ă  construire une vie de couple solide, trop de modĂšles non satisfaisants, de fractures familiales, d’essais avortĂ©s, alors je choisis plutĂŽt de continuer l’expĂ©rimentation.

Je n’ai plus l’inconscience d’ĂȘtre maĂźtre de mon destin, mais en contrepartie je me sens totalement actrice de mon « herenow », l’instant prĂ©sent !

Les amitiĂ©s possĂšdent des racines profondes, mais les rencontres sont aussi nombreuses. Les soirĂ©es joyeuses finissent souvent dans le petit matin au cafĂ© du coin, accompagnĂ© d’un croissant.

Je n’aime toujours pas le monde trop conventionnel des adultes, mĂȘme si certains d’entre eux m’impressionnent de plus en plus et me servent de guide. Avec eux, j’ai la sensation encore fugace, de la possibilitĂ© d’une Ă©galitĂ© de point de vue et d’échange, c’est agrĂ©able, mais je rĂ©alise alors que j’ai rejoint le club de ceux que je pensais vieux Ă  3 ans !

Je n’ai pas encore 43 ans – mais…

J’ai mĂ©langĂ© tous les champs, celui des possibles, de la dĂ©couverte, des dĂ©cisions et de la liberté !

Je me sens autonome, femme libre, les contraintes ne me font plus peur, je les apprivoise peu Ă  peu. Mes amis sont toujours lĂ , j’ai appris Ă  m’aimer et par consĂ©quent Ă  aimer… Le sourire quotidien de mon amoureux au rĂ©veil me semble surrĂ©aliste, mais il me berce enfin de lendemains possibles et paisibles…

Et seulement, alors, tout ce chemin parcouru m’impressionne et j’ai la sensation intense comme Ă  trois ans, que ce monde nous appartient. Et ainsi s’entrouvre Ă  nouveau la perspective d’un champ des possibles…