Une saison en enfer

Je me suis égarée
En route sur le chemin
Après bien des années
Sans penser à demain

Un marathon en force
Une course fébrile
J’ai cru être un colosse
Je n’en suis que l’argile

Je suis partie au loin
Vers les pentes sablonneuses
D’une maladie sans fin
Aux courbes vertigineuses

À chercher l’équilibre
J’en ai perdu le but
Ne me croyant plus libre
J’ai provoqué ma chute

De mes nuits d’insomnies
J’ai cru faire des merveilles
De mes rêves évanouis
Seulement je me réveille

Et oui, je m’étais égarée
Éjectée de ma base
Un peu comme Rosetta
S’explosant dans la vase

Réveil comateux
D’un boxeur qui s’incline
Qui se croyait aux cieux
Se retrouve aux latrines

Plus de paix intérieure
Mon cœur accordéon
Décuplant la douleur
De l’expatriation

Pour mes 44 ans
Une telle absurdité
M’ancra profondément
Dans la réalité

Perdue dans les tréfonds
Sans repère ni résille
J’hérite en conclusion
D’un beau jeu de béquilles

J’avoue j’ai lâché prise
Me sentant submergée
Acceptant la traîtrise
De cet Ours mal léché

Puis par instinct de survie
Ou crise de démence
Encore abasourdie
J’ai choisi la confiance

De reprendre la route
Une fois encore
Pulvérisant mes doutes
Dans un dernier effort

Je ne suis plus perdue
Tout simplement heureuse
Réchauffée par le flux
De vos ondes chaleureuses.

Lili Saint Laurent © 2016
In memoriam Nicolas W.