Keep on cooking – Keep on dreaming

Qui aurait pu imaginer que malgré une forme sévère de Parkinson, j’allais devenir, l’espace de quelques mois, pâtissière dans une boulangerie française, hors de nos frontières ?

De plus loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé cuisiner et si cela se trouve je suis née avec un tablier !

Pas la grande cuisine des chefs non, mais celles de mes grands-mères, des bons plats mijotés, des recettes détournées, des fous rires en cuisine, des grandes tables partagées ! J’aime le mélange des épices, l’odeur des oignons qui roussissent, les mains dans la farine, et dans ces moments-là, j’ai toujours le bonheur vissé au cœur, ivre de vie !

Alors, quand pour la première fois, je n’ai pas pu finir de fouetter ma crème, ne sentant plus mon bras, mon cœur s’est déchiré en lambeaux me projetant dans un monde cruel… le tien, renégat !

J’ai alors appris à te contourner, sale Fils de Park’s, à te battre sur ton propre terrain et je crois bien que je suis rentrée en pâtisserie comme d’autres rentrent en guerre ! Avant, je ne connaissais que quelques recettes de ma grand-mère, mais j’avoue que je n’étais pas naturellement attirée par le sucré.

Et puis, une petite annonce sur un forum m’a détournée de mon chemin…

J’ai répondu sans hésiter, sans expérience professionnelle, sans penser à Parkinson, immédiatement et complètement, réalisant un rêve d’enfant. J’ai obtenu un stage non rémunéré de 5 mois, dans une belle boulangerie amstellodamoise, le prestige à la française s’exporte bien ! Seulement, après j’ai réalisé que c’était très physique, que les horaires étaient décalés et que surtout je suis maintenant malade… Mais bon, je m’étais engagée alors j’y suis allée !

Et j’ai redécouvert avec émoi, les souvenirs de mon enfance bien enfouis, de Mamie Blue qui me manque toujours autant, de ces sablés, de la pâte feuilletée, du roulé et de mon Dady, mon grand-père que j’ai accompagné sur le même chemin de galère et de tremblements… À la croisée des chemins, nous nous sommes retrouvés pour quelques instants et cela m’a aidée à accepter la maladie, je crois…

En fait, cette expérience d’astreinte est arrivée à point nommée dans mon océan de désordre et d’in-habitudes…

Pour y arriver, j’ai dû m’organiser, pas deux jours d’affilée, du repos total entre les rounds, une prise de médicaments régulière… Elle a structuré ma vie et mes pensées. Cela m’a appris à vivre mon handicap tout en ne le rendant pas source de renoncement total, à connaître mes limites et mon nouveau corps, à repérer les heures les plus tops (très tôt le matin, cela tombait bien !) et à tenir bon dans la tempête de stress, de fatigue ou de douleurs… J’ai réalisé que j’étais encore vivante !

Je suis masochiste, me direz-vous, peut-être, mais la maladie de Parkinson est une maladie d’endurance et qui ne s’y prête pas s’y noie malheureusement !

Je ne regrette rien, j’ai découvert un nouveau monde, celui de la précision culinaire, des desserts, du sucré. Aurais-je pu y travailler longtemps, je ne le saurai jamais ? Car dès que j’ai déclaré ma maladie, on m’a remerciée ! Au final, une bonne prise de conscience de long chemin qu’il me reste à parcourir avec toi, cher locataire ! Mais quand même, j’ai réussi à travailler avec l’équipe, sans jamais les retarder, sans jamais renoncer et personne ne s’en doutait !

C’était la première étape de ce marathon, le refus et la colère, ça m’a donné la rage, mais cela épuise !

La seconde, c’était la phase d’acceptation, qui m’est tombée dessus l’année dernière et qui a fait déborder mon cœur, l’entraînant vers des eaux profondes de tristesse. Là, je dois reconnaître que la psychothérapie a été plus utile que la pâte feuilletée !

Et maintenant pour 2013 ? Je ne sais pas quelle sera la prochaine étape, mais ce que je sais c’est que le 30 décembre, je me suis levée à 5 h (ne vous inquiétez pas, c’est récurrent !), à 6 h, aux fourneaux et j’ai fait cette merveilleuse et si difficile crème au citron que j’ai apprise à la boulangerie, réalisé mes premiers choux et mon premier caramel ! C’est dur physiquement, mais c’est encore possible et cela me remplit de joie !!

La leçon c’est que cela ne sera pas possible tous les jours, mais que j’ai créé, en hommage à ce Fils de Park’s, ma première pièce (dé) montée ! Eh oui, avec Parkinson, accepter certaines imprécisions est inévitable d’où un dessert à la croisée de nos chemins !

Et pour vous, en souvenir de Julia Child, une de mes références en cuisine, ce petit clip hommage au son des instruments de cuisine : ☛ Julia Child Remixed : Keep On Cooking by Melodysheep