L’espoir avec Gaël Faye

Un coup de cœur pour Gaël Faye, qui se promène actuellement sur les ondes. Des paroles mordantes, empreintes de sa double culture, du métissage et de ces blessures…

Un cri qui vient du cœur, une onde de choc bourrée d’énergie. Il chante la vie, tout simplement ! Mais avec tellement de talent ! A écouter 🎧 ici 🎧 

JE PARS

Je pars, ma vie est trop maussade
Je pars j’ai laissé une feuille incrustée de mots sales
Je pars laissez-moi donc ma douleur
Je pars pour un monde fait de lumière et de couleurs
Je pars car le ciel est bas et gris
Les vieux n’ont plus d’sagesse, ils sont racistes et aigris
Je pars, je m’envole vers le rire des enfants
Je pars même s’ils m’en veulent j’ai trop souffert dans mes tourments
Je pars, j’ai déjà fait mes valises
Je pars car nos modes de vies d’ici me scandalisent
Je pars la vie m’transperce de part en part
Je pars car faut être fort et moi j’ai perdu mes remparts
Je pars, y’aura ni promesses ni nouvelles
Je pars, fallait du cran, j’ai activé la manivelle
Par un beau matin je pars je laisse le flambeau
Je trouverai mon Abyssinie, moi l’Arthur Rimbaud

Je pars, parti pour la vie
Je pars, viens avec moi si t’as envie
Je pars pour la saison des pluies
Je pars, hier demain et aujourd’hui
Je pars, parti pour la vie
Je pars, viens avec moi si t’as envie
Je pars, pour un rayon d’ombre
Viens retrouver Colombe mon cœur mort sous les décombres
 J’veux juste un chapeau de paille, une plage et un transat
Oublier les charters, les aéroports dans lesquels on transite
J’veux des nuits douces au ciel étoilé, scruter la galaxie
Ici y’a pas d’laxisme, on bosse jusqu’à la cataplexie
J’veux manger du riz au curry et des mangues juteuses
J’veux pas d’leur vache folle qui rit à la fièvre aphteuse
Et puis ce soleil qui tannerait ma peau luisante sous la pommade
Ici on m’appelle « Negro », y’a pas d’place pour nos peaux mates
J’veux qu’mes pommettes, mes zygomatiques s’échauffent toute l’année
L’ami ! Les choses qu’ils promettent ? Être condamné à glaner
Sur sample de guitare sèche, j’veux des gens simples et des sourires
Ici c’est rare qu’on nous supporte, qu’on ouvre les portes et les serrures
J’veux vivre, sur des rythmiques des mélopées
Me libérer de mes chaines car la culture m’a menotté
Eh, j’veux que tu viennes, allez, rentre dans mon monde

Viens retrouver colombe mon cœur mort sous les décombres

Je pars, parti pour la vie
Je pars, viens avec moi si t’as envie
Je pars pour la saison des pluies
Je pars, hier demain et aujourd’hui
Je pars, parti pour la vie
Je pars, viens avec moi si t’as envie
Je pars, pour un rayon d’ombre

Viens retrouver Colombe mon cœur mort sous les décombres 

Embrassez-moi, je suis pour l’amour et la paix
Le 28 août à DC j’ai fait le rêve de l’appelLa peine ma vrai nature, je vis avec
Comme l’orphelin du monde, l’enfant seul, le reste avec
J’vis dans ces rues tristes, le matin hivernal
J’suis enfermé dans l’enfer et pour moi c’est infernal
Amenez la joie dans mes ténèbres, apocalypse de mes tourments
J’ai l’impression d’être au tournant que les personnes autour me mentent
Venez mourir ! Comme les vagues de la plage
Venez donc lire, le vague à l’âme de mes pages
Les palmiers sont courbés comme des vieillards
Les bords de mer sont devenus de tristes dépotoirs
L’érosion a mis à nu les mornes à rhum
L’Abyssin a condamné tous les chemins qui mènent à Rome
Ma musique s’exprime comme une saudade
Les notes et les mots se mettent debout comme des soldats !

Je pars, parti pour la vie
Je pars, viens avec moi si t’as envie
Je pars pour la saison des pluies
Je pars, hier demain et aujourd’hui
Je pars, parti pour la vie
Je pars, viens avec moi si t’as envie
Je pars, pour un rayon d’ombre

Viens retrouver Colombe mon cœur mort sous les décombres

Gaël Faye – 2012