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Les mots sont là sous mes yeux et défilent rapidement sans vraiment de consistance. Mais tout à coup, ils se figent sur une phrase.

Un médicament prometteur, en phase de test II, pourrait à terme permettre de ralentir la progression de la maladie de Parkinson, voire de la stopper.

Sur le coup, mon cerveau endormi n’a pas su digĂ©rer l’information. Mais celle-ci, s’est subrepticement ancrĂ©e au creux de mes pensĂ©es. Et si


Et si demain je n’Ă©tais plus malade, Ă  quoi ressemblerait ma vie ?

Ouvrant la boĂźte de Pandore, les mots et les pensĂ©es se sont bousculĂ©s dans ma tĂȘte. Changer de focale, envisager ce Fils de Park’s sous un autre angle. Celui de l’Ă©tape, du momentanĂ©, voire du transitoire.

Une longue croisiĂšre sur une mer dĂ©montĂ©e, rentrant finalement Ă  bon port. Une expĂ©rience unique frisant la dĂ©mence. D’une violence inouĂŻe, qui lacĂšre vos dĂ©fenses, mettant Ă  nu toutes vos espĂ©rances, avant de vous abandonner, seule et transie sur le ponton.

Étonnamment, loin de me rĂ©conforter, cette nouvelle m’a bouleversĂ©e

Me laissant vide de sens et d’essence. C’est vrai, je suis fatiguĂ©e de cette lutte incessante, mais c’Ă©tait plus que cela, je me suis sentie impuissante, incapable de reprendre le cours d’une existence trop lointaine, irrĂ©elle.

Cette rĂ©flexion m’a pris du temps, me rejetant souvent dans des abysses profonds et inhospitaliers. C’est comme si annuler la maladie, revenait Ă  m’annuler moi mĂȘme. Ce que je suis devenue, je ne le savais plus …

Et lĂ  moi je dis non ! J’ai bien rĂ©flĂ©chi et je ne pense pas que nous pourrons changer de focale. Je serais bien Ă©videmment heureuse de n’ĂȘtre plus prisonniĂšre de ce corps rigide.

Mais au fond de moi je sais, que ce chemin de pierre, mĂȘme refleurit demain, n’en restera pas moins Ă  jamais gravĂ© dans mon cƓur.

Il n’y avait pas d’avant et il n’y aura pas d’aprĂšs, il y a un juste un prĂ©sent dont il faut prendre soin

Et malgrĂ© les tempĂȘtes et parfois les naufrages, se relever sans cesse et s’armer de courage. Nous n’aurons jamais l’assurance de lendemains joyeux, juste la responsabilitĂ© de faire de chaque jour vĂ©cu, un moment d’exception.

C’est beau sur le papier moins dans le quotidien ! Et croyez moi, quand mon corps se vrille, me laissant que douleurs, je ne suis pas toujours prĂȘte pour le bonheur ! Et quand les nuits sans sommeil s’accumulent, je ne suis pas forcĂ©ment d’humeur Ă  chanter des louanges dĂ©s le petit matin. Tout au plus, c’est le bruit de la vaisselle cassĂ©e de part ma maladresse, qui me sert de fanfare.

Et malgrĂ© tout, dans cette longue nuit, j’essaie, par petites touches, de ne pas me briser les ailes.

Un gùteau réussi ou un livre vendu, un moment partagé ou le regard bienveillant de mon amoureux me servent de garde-fous et illuminent momentanément cette prison sordide.

En outre, je crois bien que la maladie ne change rien aux rapports humains. Bien au contraire, elle nous protĂšge souvent de  l’hypocrisie et du mensonge. L’amitiĂ© et l’amour, mis tous les deux Ă  rude épreuve, n’en sortiront que plus forts.

Nous serons moins nombreux sur le ponton

C’est sur, mais, la force du lien compensera largement l’absence trop douloureuse de ceux qui se sont absentĂ©s. Les laissant seuls face Ă  leur propre dĂ©faillance.

Et si 
 si demain Fils de Park’s, tu devais prendre congĂ©, je sauterais de joie dans chaque flaque d’eau croisĂ©e, m’enivrant du bonheur de me sentir lĂ©gĂšre, tout en gardant en moi les traces de notre lutte puis de notre cohabitation forcĂ©e.

Il n’y aurait donc ni tristesse, ni regret ou rejet car la maladie m’aura modifiĂ©e Ă  jamais, profondĂ©ment, intrinsĂšquement.

Mais je peux le dire maintenant, sereinement. Demain avec ou sans toi, je peux m’imaginer me promenant tranquillement le long de la jetĂ©e.

Et seul le bruit de mes pas, plus alertes et plus souples, pourraient de leur rythme retrouvé, sonner ma renaissance.