N’oublie jamais de rêver

Du cuir
Comme une armure
Pour me protéger
Des blessures

Du papier
De toutes les couleurs
Pour égayer
Mon cœur

Relier
Modeler
Décorer

Écrire

Sans cesse

Sans repos ni relâche

Y croire encore et toujours
Pour ne pas perdre pied

Sombrer dans le néant

Tous les jours

Et même si tout se distend,
Qu’il faut marquer des pauses

De plus en plus souvent

Se battre contre l’immobilité,
Le ressentiment

La nausée

Continuer à créer toujours, malgré les écueils et les douleurs, pour rester au plus près de soi.

Trouver la motivation de retourner au combat, de ne pas céder face à l’angoisse, de rester positif quoi qu’il en soit, contre vents et marées.

Créer encore et toujours, pour faire du beau, du tangible, du concret. La concentration m’éloigne de l’incertitude et de l’absurdité de ma vie. Elle m’offre un temps de repos, loin de la galère et des tremblements.

Il y a maintenant de l’urgence à vivre, à respirer. Ne rien négliger, plus de place pour le hasard, le temps est minuté, le temps nous est compté.

Alors, dans ce petit atelier, coincée entre ma machine à coudre et mon établi, perdue dans mes effluves de colle, je reprends le chemin de la vie, de l’envie. La matière qui se transforme sous mes doigts me plaque sur le réel, sur du concret.

C’est parfois éphémère, parfois inexistant, mais dans mon esprit c’est toujours présent. Je ne veux pas lâcher et, malgré les difficultés, j’essaie d’y retourner souvent.

Ma petite entreprise a du plomb dans l’aile, mon statut de free-lance est en vacances. Mais ce n’est pas grave, même si ce n’est pas rien. Contre l’absurdité de l’invalidité qui pointe son nez, je veux encore y croire !

Mon atelier comme un radeau auquel je me raccroche. Je mettrai plus de temps, j’apprendrai la patience et l’humilité, mais je serai là toujours, même à genoux.

Car tous ces instants, comme des petits cailloux, balisent mon chemin. 
Le cuir devient couvrure
Le papier prend cambrure
Les fils se tissent
Avec malice.
Et le cliquetis
De mes outils

En résonance

Martèle le temps présent.

Celui de l’inconscience et du champ des possibles.