Vivre pleinement

Ok, maintenant c’est bon, je sais ce que j’ai, mais sans plus savoir où je vais. Est-ce que je n’ai jamais su ? C’est une autre histoire.

Comment accepter l’inacceptable où trouver la force de combattre M. Parkinson ?

Je m’accroche à des parois lisses comme de la glace et j’ai l’impression d’entamer l’ascension de l’Everest, sans crampon ni pioche et en plein hiver. Il faut se battre, je n’ai qu’une vie et elle est là. Mon cœur bat et s’emplit régulièrement de larmes. Je n’ai jamais voulu m’accrocher à la vie, j’ai parfois baissé les bras et pourtant à cette époque là, j’allais si bien !

C’est le destin, j’y crois encore. Aujourd’hui, malgré ce cœur qui pèse 150 tonnes et toute la tristesse qui m’assaille, je dois rassembler mes forces et mettre un pied devant l’autre, comme tout le monde.

Maintenant, j’ai une raison de partir en croisade, je dois survivre, amoindrie, mais en vie !

Ma grand-mère, qui me manque tellement, me disait qu’il y a des douleurs qui ne se partagent pas. Mon chagrin est là, qui peut comprendre, qui peut m’aider ? Je sais que j’ai cette force là, à l’intérieur et qu’elle me guide toujours vers la lumière. J’ai cette chance-là, de l’optimisme et une putain d’envie de respirer !

Alors, j’accepte ces rares journées où mon corps reprend le dessus et où il me fait payer de vouloir-vivre comme tout à chacun pendant quelques semaines.

Je me sens rigide et percluse de douleurs comme un boxeur après un combat, sauf que je n’ai battu personne, et que mon combat est à l’intérieur dans ce cerveau qui parfois ne s’allume plus.

J’ai envie de crier mon âge, de tout foutre en l’air, mais la seule qui me retient c’est l’amour

Il me faut combattre, parce que je ne veux pas me laisser faire, parce qu’on ne peut pas baisser les bras, parce que cette putain de vie m’éclate et que je veux absolument la boire comme une liqueur jusqu’à la lie.

Plus de deux ans déjà, et soudain, j’ai l’impression que c’est maintenant que je dois prendre cette décision. Avant je survivais…

Accepter l’inacceptable, réussir à trouver un dosage médicamenteux qui me permette de vivre correctement, réapprendre ce que j’ai perdu en force musculaire et autres dommages collatéraux, l’écriture par exemple. L’amour de mes proches m’a été d’un grand secours. Comment font les gens qui n’ont pas d’amis ? À vrai dire, je ne sais pas…

J’ai marché longtemps dans le noir et maintenant que mon chemin s’illumine, ce n’est que partiellement… On dit que la vie est imparfaite, que c’est ce qui en fait son charme. Mais là, nous sommes loin de la perfection, c’est surréaliste !

La seule question est celle-là : comment peut-on m’infliger cette épreuve précisément au moment où j’acceptais de vivre ?

C’est un pied de nez à toutes les règles ! Mais, c’est aussi pour cela que je veux combattre. Je n’ai pas peur de l’obscurité. Je la connais et j’ai appris à m’en accommoder depuis si longtemps. Et, malgré cette épreuve, aujourd’hui, je suis heureuse, comme je ne l’ai jamais été !

Du coup, vibre au creux de moi, cette ambivalence qui me donne la rage et l’envie de niquer la maladie

Comment expliquer ma douleur à quelqu’un qui a eu la chance de ne jamais combattre pour exister, qui n’a pas connu de douleur profonde et aiguisée comme une lame de couteau ? De celle qui vous saigne les chairs à vif sans anesthésie. Y’en a-t-il des personnes comme cela dans ce monde ?

D’un côté, tout ce chemin parcouru, qui m’a permis de trouver la paix et la sérénité. Et de l’autre, ce méga désordre interne qui, me condamne à prendre soin de moi, comme jamais. Ce n’était pas prévu dans mon agenda !

Vivre intensément, sans parachute, se jeter à l’eau et prendre des risques

Nous ne savons jamais de quoi sera fait demain, alors oui, nous devons vivre chaque jour comme le dernier. Et quand tombe la nuit accompagnée de son marchand de sable, toujours faire en sorte d’avoir accompli ou vécu quelque chose de fort dans les dernières 24 heures.

Sans m’en rendre compte, j’avais adopté cette méthode depuis tellement d’années, mais c’est seulement maintenant, dans ce chaos, émotionnel et physique, que je réalise enfin le chemin parcouru. Et croyez-moi, c’est salvateur !